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Josée Blanchard

19 août 2016

Portrait d’un entrepreneur surprenant, Jean-François Tardif – Partie 3/3

Auteur : Josée Blanchard

Jean-François TardifCertaines personnes ne sont pas taillées pour une vie ordinaire faite de routine et de calme, style métro-boulot-dodo. C’est le cas de Jean-François Tardif, fondateur de l’entreprise Archimed Medical à Sherbrooke. Déjà, démarrer son entreprise en sciences de la vie et être papa de deux jeunes enfants, vous me direz que ça remplit bien les journées! Mais ce n’était pas assez pour Jean-François qui, en plus, est allé sur le mont Everest au printemps 2016…

Les deux premières parties de ce blogue ont déjà été publiées, mais la troisième a tardé, et vous comprendrez maintenant pourquoi.

Jean-François est bel et bien allé sur l’Everest. Il s’est rendu à mi-chemin entre le camp deux et le camp trois, et ce, à deux reprises. Mais il a dû renoncer à atteindre le sommet pour cette fois, sa santé lui faisant défaut.

J’ai tout de même envie de vous présenter le texte que j’avais préparé, et je vous ferai par la suite part de la discussion que nous avons eue à son retour.

» Lire la partie 1 du blogue

» Lire la partie 2 du blogue

 

Une première!

Aucun Québécois ne s’est rendu au sommet de l’Everest sans oxygène d’appoint et un seul Canadien a réussi cet exploit. Cette information ne fait pas broncher Jean-François : « Je n’amène jamais mon égo avec moi, c’est un très mauvais compagnon de voyage et la meilleure façon de ne jamais revenir. Être le premier n’est pas mon objectif. Le sans O2 est pour moi la meilleure façon de rester en vie! » En effet, l’équipement nécessaire à une montée avec oxygène d’appoint est lourd et compliqué à gérer. De plus, on est à la merci de dame Nature – le régulateur peut geler – et de ses compagnons de voyage, qui peuvent avoir mis le grappin sur les bouteilles qu’on prévoyait utiliser.

Selon Jean-François, la clé est de prendre le temps de s’acclimater en suivant de près les indications de son oxymètre de pouls et les conseils de son sherpa. En attendant, il jouera de la guitare au camp de base et regardera les autres grimpeurs, discutera et rigolera avec eux. « C’est très cool de passer une journée à jaser avec des gens qui viennent de partout pour relever ce défi. »

Jean-François a aussi son propre plan de montée en ce qui concerne le déroulement de sa journée sommitale. En général, tout le monde se repose au camp 4 (à 8000 mètres) quelques heures afin de démarrer l’ascension vers minuit. On arrive alors au sommet entre midi et 15 h. Lui, qui ne fait rien comme tout le monde, souhaite partir vers 16 h afin d’arriver au sommet pour le lever du soleil, une vue à couper le souffle qu’il ne cesse de visualiser. « Tu imagines le petit point rouge sur l’horizon, puis la ligne, puis le ciel qui s’embrase? Moi, c’est ça que je veux voir! »

Comme un bon entrepreneur, il se dit que tout est possible, mais il est conscient que son super plan risque de changer en cours de route. Il faut être comme la montagne, évoluer et s’adapter.

JFTardif Éverest

 

Un p’tit conseil?

J’ai terminé l’entrevue en demandant à Jean-François ce qu’il dirait à quelqu’un qui veut démarrer une entreprise. Il me sort encore des phrases pleines d’images : « Tu as beau avoir le meilleur scénario pour un film, les meilleurs acteurs, les plus beaux décors, la plus magnifique musique. Rien ne démarre tant qu’un gars comme Spielberg ne dit pas “Action!” » Il faut agir; tout est dans l’action.

Il m’a ensuite cité Mario Andretti, célèbre pilote de course du circuit Formule 1 il y a quelques années : « If you have everything under control, you’re not moving fast enough! »

Voici ce que devait être la dernière partie de ce billet de blogue. Maintenant, ce qui s’est réellement passé :

Frapper un mur

Par un beau midi de juin, sur une terrasse, Jean-François est assis devant moi, il rayonne… Je lui demande : « Tu n’es pas déçu?? » Il me répond : « Ben oui Josée, je suis déçu! Mais ça reste une des plus belles expériences de ma vie! »

Ce sont ses poumons qui lui ont fait défaut. Déjà avant d’atteindre la moitié de la montagne, Jean-François manquait d’air. Ce n’est pas trop le moment ni l’endroit, vous me direz, mais quand le corps parle il faut l’écouter! Après sa première tentative, Jean-François est redescendu dans un village au pied de la montagne se reposer, essayer de se soigner, puis il y est retourné.

village_Everest

Difficulté à respirer, incapable de manger assez pour reprendre des forces, il doit se rendre à l’évidence. Impossible pour lui d’atteindre le sommet et de revenir en santé, ou même en vie… Il doit abandonner et retourner à la maison. Au moment où il a pris sa décision, il a pleuré, mais il pensait à ses enfants et à son amoureuse qui l’attendaient, c’était le meilleur choix, le seul choix envisageable pour lui.

Une rencontre déstabilisante

Après avoir pris sa décision, Jean-François était sur le chemin du retour quand il a croisé une jeune femme en difficulté. Déjà à cette altitude, elle utilisait un apport d’oxygène extérieur et elle peinait à avancer, à respirer. Ils ont discuté et Jean-François lui a dit qu’il abandonnait et que selon son expérience, il lui suggérait de faire de même. Elle n’était pas capable d’accepter ça, elle voulait à tout prix atteindre le sommet, malgré sa famille qui l’attendait. Elle s’est entêtée, mais malheureusement, c’est la montagne qui a gagné… Cette jeune femme, c’était Maria Strydom, 34 ans. Elle est décédée en redescendant la montagne. Ouf… Silence sur la terrasse, c’est dur d’entendre ces paroles, de se mettre à la place de cette femme et de sa famille dans ces circonstances tragiques. C’est difficile pour moi de comprendre ce qui pousse les gens à tenter des exploits comme ceux-ci, au péril de leur vie.

Prise deux?

Jean-François me raconte les beautés qu’il a admirées, les grandes émotions qu’il a ressenties, mais aussi tous ses problèmes de santé, les pépins techniques qu’il a rencontrés et qui lui ont donné envie de baptiser son expédition « Apollo 13 »… Je l’écoute et je vois toujours l’étincelle dans ces yeux, et je me dis, non, je ne peux pas le croire… Est-ce qu’il penserait déjà à y retourner?? « Pas tout de suite, me dit-il, là je suis comme une femme qui vient d’accoucher et à qui on demande si elle veut un deuxième enfant… » Mais oui, il envisage de tenter le sommet à nouveau dans quelques années.

Je suis sans mot! Bonne chance dans tous tes projets mon cher Jean-François et merci d’avoir partagé cette aventure avec moi!

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