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Josée Blanchard

23 mars 2016

Portrait d’un entrepreneur surprenant, Jean-François Tardif – Partie 1/3

Auteur : Josée Blanchard

Certaines personnes ne sont pas taillées pour une vie ordinaire faite de routine et de calme, style métro-boulot-dodo. C’est le cas de Jean-François Tardif, fondateur de l’entreprise Archimed Medical à Sherbrooke. Déjà, démarrer son entreprise en sciences de la vie et être papa de deux jeunes enfants, vous me direz que ça remplit bien les journées! Mais ce n’était pas assez pour Jean-François qui, en plus, projette de monter le mont Everest au printemps 2016.

Jean-François Tardif J’ai décidé de faire une série de billets de blogue sur lui, son parcours, son entreprise et son projet, car c’est passionnant de l’entendre et c’est toute une aventure qu’il souhaite partager avec le plus de gens possible.

P.S. Jean-François décolle pour le Népal le 1er avril. Après avoir atteint le camp de base de l’Everest, il prendra le temps de s’acclimater en faisant l’ascension de montagnes avoisinantes. La « vraie escalade » vers le toit du monde débutera vers la fin mai.

» Pour suivre l’aventure de Jean-François : monarkeverest.com et Monark Everest sur Facebook

Enfance et rêves

Depuis qu’il est tout jeune, Jean-François a toujours aimé grimper, de plus en plus haut, dans les arbres, sur les montagnes, peu importe! Vers l’âge de 11 ans, il a regardé un reportage en noir et blanc sur le mont Everest (eh oui, il n’est plus tout jeune! 😉 et il y a eu un déclic. « Maman, moi je vais aller là un jour! » s’exclama-t-il, et sa mère de répondre par un long fou rire… Elle trouve ça un peu moins drôle aujourd’hui que son grand garçon est à la veille d’embarquer pour une des plus grandes aventures de sa vie! Mais Jean-François est comme ça, quand il dit quelque chose, il le fait!!

L’important, c’est le voyage, pas la destination

Comment fait-on pour qu’un rêve comme celui-ci se réalise? On y croit, puis on s’entraîne, et pas qu’un peu! Comme tout jeune homme de la région de Sherbrooke, il a commencé par le mont Bellevue et le mont Orford, avant de s’attaquer à de plus grosses montagnes au Québec, au Canada, aux États-Unis et ailleurs dans le monde. Il a fait l’Aconcagua (Argentine) deux fois, le Cho Oyu (Tibet) et plusieurs autres. Lors d’une expédition, son ami et lui ont dû s’attacher à la tente afin d’éviter qu’elle ne s’envole… romantique?

Jean-François n’a pas toujours réussi à se rendre au sommet lors de ses expéditions. L’entêtement est, selon lui, la principale raison pour laquelle des gens meurent chaque année sur l’Everest… Il faut savoir reconnaître ses limites et surtout le rythme que la montagne nous dicte, c’est ELLE qui décide…

Décider de rebrousser chemin est une des plus difficiles décisions qu’il ait eu à prendre. Mais peu importe tout l’argent et tout le temps investis dans un tel projet, ça ne vaut pas la peine d’y mourir. Comme un sage, il me dit que le sommet fait partie du chemin, c’est tout. Les 15 minutes passées en haut sont bien peu comparées aux deux mois que durera l’expédition sur l’Everest.

Surtout, il ne faut pas oublier qu’une fois rendu au sommet, il reste encore la moitié du chemin à parcourir pour se retrouver à nouveau dans les bras de ceux qu’on aime. Il faut donc encore avoir des réserves d’énergie, surtout qu’une fois le sommet atteint, l’effet de l’adrénaline s’estompe souvent.

Ça vous dirait de vous entraîner avec lui en plein hiver, pendant 20, 30 ou même 40 heures consécutives au mont Orford avec un sac de sable de 70 livres sur le dos? Hummm des heures de plaisir!

Et combien ça coûte tout cela me demanderez-vous? Eh bien, j’étais loin d’imaginer qu’une telle somme était nécessaire. D’abord, il faut obtenir un permis d’ascension. Il faut ensuite engager des sherpas qui aident non seulement à transporter l’équipement, mais qui sont aussi les guides qui vous conseilleront tout au long de votre ascension. On a aussi besoin d’équipement : tente, habits, bottes, sacs, etc. Pas de bouteille d’oxygène pour Jean-François par contre – j’y reviendrai dans la partie 3! Ensuite, la nourriture, le billet d’avion… Jean-François est chanceux d’avoir trouvé quelques commanditaires, car il s’en sort avec une facture avoisinant les 80 000 $!!!

Everest camps

Jouer avec la mort

Chaque fois qu’il me parle de l’ascension de l’Everest, il me dit : Josée, ça va être difficile, il vente, il fait froid et ça fait vraiment mal à cette altitude-là. L’air est si rare, on a l’impression d’être un poisson sur la glace! » dit-il, tout en mimant un poisson qui « manque d’air ». Tout pour me convaincre d’y aller, vous voyez?

J’ai appris que lorsque l’on dépasse la ligne des 7000 mètres, le corps cesse de se régénérer. En fait, à cette altitude, le taux d’oxygène dans le sang diminue rapidement. Le corps peut s’y adapter partiellement, et c’est même une stratégie employée par des athlètes pour améliorer leurs performances.

Il y a par contre une limite à la capacité d’adaptation du corps humain. En effet, au-dessus de 7500 mètres, personne ne peut s’acclimater. Cette zone d’altitude est d’ailleurs surnommée la “death zone », la zone mortelle. C’est l’altitude à laquelle les cellules du corps commencent à mourir. Et pour votre information, le sommet du mont Everest se situe à 8850 mètres. Ce qui veut dire que Jean-François aura plus d’un kilomètre d’escalade dans cette zone mortelle.

C’est une véritable course contre la montre. Il faut y rester le moins longtemps possible, mais rendu là, le corps est tellement faible qu’on avance à pas de tortue. Le cœur bat à tout rompre, comme si on faisait un sprint même quand on est au repos. Une exposition prolongée à cette altitude provoque une détérioration de toutes les fonctions corporelles et peut mener à des pertes de conscience et même à la mort.

Qu’est-ce qu’Elle en pense?

Jean-François me dit que ce voyage aurait été absolument impossible sans l’accord et le dévouement total de son amoureuse, la belle grande Mélanie. Restant seule à la maison, son travail sera encore plus difficile que celui de Jean-François. Lui ne se concentrera que sur une seule chose, grimper! Elle devra gérer la maison, les enfants, les comptes, etc. pendant deux mois. «  Ouf! Je suis l’homme le plus chanceux du monde. Le plus difficile pour moi dans toute cette aventure sera de passer deux mois sans ma femme et mes enfants; plus j’y pense, pire c’est. Ma famille est mon soleil! »

Jean-François Tardif Famille

Voilà ce que Mélanie avait à dire : « On trouve ça beau et inspirant, les enfants et moi, que mon chum fasse ça. Il est plus grand que nature, il a une attitude et une résilience extraordinaires. Je ne suis pas du tout inquiète pour sa sécurité, il ne prend jamais de risque stupide. Et nous serons avec lui à chacun de ses pas, en pensée et dans son cœur. »

À lire dans la 2e partie : le parcours et l’entreprise de Jean-François!

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