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Déjeuner du GATE | La réindustrialisation : Moteur de création de richesse


Maude M. Sévigny aucun commentaire



Le vendredi 2 juin 2017 se déroulait un Déjeuner du GATE, organisé par la Maison régionale de l’Industrie (MRI), sous le thème « La réindustrialisation : Moteur de création de richesse ».

Devant la salle comble, le stratège d’affaires Antoine Audy-Julien, de chez Deloitte, a présenté les constats en lien avec la réindustrialisation du rapport Deloitte « Le point sur le manufacturier ». Sa conférence était suivie d’un témoignage de M. Gilles Gravel, Directeur Recherche et développement chez MEGA Brands, qui a confié son expérience de rapatriement des affaires au Québec et a ainsi démontré un exemple de réindustrialisation dont parlait M. Audy-Julien. Le stratège a évoqué que le Québec serait déjà en réindustrialisation, avec une croissance de 17% depuis 2008.

Gilles Gravel, directeur Recherche et Développement, MEGA Brands; Antoine Audy-Julien, Stratège d’affaires, Deloitte Sociétés privées; Éric Grondin, Associé (Sherbrooke), Deloitte; Pierre Bélanger, Président, Maison régionale de l’industrie (MRI); Josée Fortin, directrice générale, Sherbrooke Innopole et Patrick Lacroix, gestionnaire principal, Maison régionale de l’industrie (MRI)

 

Les marchés sont maintenant mondiaux et nichés et les entreprises doivent s’y adapter. Le secteur évolue rapidement, la production, les modes de gestion, la technologie… Pour contribuer à la prospérité grandissante de l’économie québécoise, la réindustrialisation du Québec s’avère inévitable. Cette réindustrialisation se traduit de plusieurs façons :

  • Le rapatriement de la production des entreprises québécoises qui se sont délocalisées à l’étranger, notamment en Asie ;
  • L’approvisionnement local, régional, provincial (diminuer les importations) ;
  • La relocalisation au Québec des entreprises étrangères.

Importer moins pour exporter plus

En tant que vecteur économique, l’écosystème manufacturier gagne à s’optimiser. Les entreprises pourraient travailler encore plus en partenariat et prioriser l’approvisionnement local, régional ou du moins provincial, lorsque possible. Encourager les fournisseurs québécois les pousse à accroître leur productivité et à devenir plus compétitifs. Dans les dernières années, MEGA Brands a augmenté considérablement ses fournisseurs québécois, pour investir un total de 42 480 000 $ au Québec en 2015. Par exemple, ses boîtes étaient auparavant fabriquées en Chine au faible coût de 50¢ l’unité. Dans son optique de recentraliser ses achats au Québec, la multinationale a approché Cascades Emballage carton-caisse (Norampac, à l’époque) qui chargeait plus cher. Après négociations et ententes, Cascades figure maintenant parmi les fournisseurs de MEGA, puisqu’elle s’est adapté à la demande du fabricant de jouets. Saviez-vous que MEGA Brands fait aussi faire ses étiquettes à Saint-Eustache?

« Importer pour exporter, c’est illogique. Il faut importer moins pour exporter plus! », déclare Antoine Audy-Julien, stratège d’affaires chez Deloitte.

« Bien sûr, on ne peut pas annuler 100% de nos importations, impossible d’exceller dans tout! Par exemple le textile va continuer à être importé car la main-d’œuvre et les coûts sont trop élevés. Mais l’énergie va rester ici, c’est ici que sont les ressources! », expose M. Audy-Julien, qui demeure réaliste et encourage les entreprises à influencer le marché des ressources qui sont sur la clôture (comme les meubles), entre marché étranger et marché québécois, pour encourage notre province.

 

La réindustrialisation, c’est payant!

La réindustrialisation engendre des impacts positifs pour le Québec, expliquait le conférencier de chez Deloitte, qui faisait état des constats de l’étude de la firme : une production manufacturière record, une délocalisation des entreprises neutralisée, de la création nette d’emploi et des investissements directs étrangers records.

La relocalisation au Québec est financièrement avantageuse pour plusieurs raisons. Lorsqu’une entreprise fait une analyse de ses coûts, elle doit tenir compte de l’ensemble des coûts liés à la fabrication du bien, ce qu’on appelle communément le « coût total de possession », et non pas seulement les économies qu’elle peut faire seulement sur la main-d’œuvre en produisant à l’étranger.

La délocalisation rallonge les délais de mise en marché des nouveaux produits et alourdit la réactivité aux tendances du marché. MEGA Brands a d’ailleurs vécu une petite mésaventure alors que l’entreprise faisait encore fabriquer ses jouets en Chine… Au premier trimestre de 2009, Walmart et plusieurs autres clients, échaudés de la crise économique de l’année précédente, n’ont pas passé leurs commandes des fêtes, comme à leur habitude. Ils ont commandé plutôt vers l’automne. Moins de trois mois de délai, c’était trop rapide pour MEGA Brands! Moins de trois mois, parce qu’il faut compter l’importation des jouets de la Chine au Québec et la gestion à distance, entre autres. L’entreprise a perdu beaucoup de liquidité, les demandes accélérées nécessitaient plus de planification, la qualité était plus difficile à gérer… pour ajouter à la catastrophe, les coûts de la Chine avaient augmentés. « Si tout avait été centralisé à notre usine au Québec, ça ne se serait pas passé comme ça! », considère M. Gravel.

En contexte de pénurie de main-d’œuvre, MEGA Brands a pu optimiser son nombre d’employés spécialisés pour certaines tâches en leur fournissant des emplois à valeur ajoutée et en automatisant certaines lignes de production. Les emplois changent, se réorganisent : « Notre nombre d’employés ne diminue pas nécessairement, ce sont les emplois qui changent. Par exemple, nous sommes passé de 10 à 40 électromécaniciens! », explique M. Gravel. MÉGA Brands a investi 100 millions $ dans la modernisation et automatisation de son usine, à Montréal. Ces investissements ont été bénéfiques :  les nouvelles presses vont 40% plus vite, avec 40% moins d’énergie et font 40% plus de pièces avant!

Nationalisme économique

Les conférenciers parlaient aussi de nationalisme économique, d’être fiers de fabriquer au Québec. Cela ne veut pas dire non plus de prendre exemple sur le protectionnisme américain… mais les choix de gros joueurs influencent clairement le marché. Par exemple, Wal-Mart vise d’ici 2023 à augmenter de 50 milliards $ ses achats aux États-Unis, ce qui entraîne plus de 40 entreprises à rapatrier leur production en sol américain. Pourquoi la Chine investit et délocalise au pays de Trump? Car selon les conférenciers, l’avantage des coûts s’effrite, les coûts de transports augmentent, l’environnement d’affaire est plus intéressant aux États-Unis, il y a un marché de proximité et les américains axent sur innovation et productivité… Et si au Canada nous  développions le même genre d’environnement économique attractif pour les investisseurs étrangers? 

» Voir toutes les photos du déjeuner.